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Question
Ma fille 24 ans vide en cachette une bouteille de vin par soirée, quand j'ai du vin chez moi ou de l'alcool et qu'elle le trouve elle le boit. Le dialogue est difficile, je ne sais pas quoi faire. Par ailleurs, mon fils 21 ans boit avec les copains... Que nous conseilleriez vous?
La réponse du Professeur Bailly ...
Manifestement, vous pensez que votre fille a des problèmes avec l’alcool. Vous devez lui en parler, sans dramatiser et en évitant, autant que faire se peut, toute attitude de réprobation moralisante. Si le dialogue est difficile, mieux vaut éviter de centrer la relation sur sa prise d’alcool et sur les risques qu’elle encourt. Votre fille a d’ailleurs certainement conscience de sa consommation excessive. La lui rappeler, c’est risquer de la mettre d’emblée en difficulté vis-à-vis de vous et de transformer votre relation en une véritable « lutte de pouvoir ».
Les problèmes sont sans nul doute aussi ailleurs. Montrez-lui que vous êtes présent, disponible, prêt à entendre ce qu’elle a à vous dire. Aidez-la à exprimer ses difficultés, ses doutes, ses interrogations, ses attentes, ses intérêts. Montrez-lui que vous êtes prêt à supporter son agressivité, à assumer votre part de responsabilité, sans renoncer à ce que vous êtes profondément.
Votre fille a 24 ans. C’est maintenant à elle, et à elle seule, de savoir ce qu’elle veut pour elle-même. Néanmoins, vous resterez toujours son père et même si elle ne vous le montre pas, ce que vous dîtes compte. Plus qu’une action, une réponse, une solution, c’est l’attitude que vous allez adopter en fonction de ce qu’elle va vous dire qui importe. Fuir ou refuser les conflits en voulant à tout prix imposer son point de vue ne résout pas les problèmes. Sans vous placer en situation de complice ou de « père la morale », vous devez l’écouter attentivement et de façon vigilante. Mais vous devez aussi lui dire, sans ambiguïté, ce que vous pensez et ce que vous êtes prêt à faire et à ne pas faire pour elle. Etre confronté à la réalité, c’est devoir prendre position. Vous pouvez aider votre fille, mais c’est à elle seule d’opérer les changements nécessaires pour qu’elle aille mieux.
Montrez-lui que vous êtes prêt à y réfléchir ensemble et sachez garder à l’esprit le vieil adage populaire : « Il n’y a pas d’urgence, il n’y a que des gens pressés ». Accepter l’idée que l’on va mal et que l’on a besoin d’aide et de soins demande du temps. Seul un échange réel avec votre fille, dans une réflexion en commun, d’adulte à adulte, structurante pour elle comme pour vous, lui permettra d’avancer.
Question
Je suis moi-même fille d'alcoolique et ne supporte pas les personnes alcoolisées près de moi. Mon mari est lui aussi fils d'alcoolique mais ne gère pas le problème de la même facon que moi. Il consomme un peu d'alcool, comme tout le monde alors que moi, je pose systématiquement mes limites à 2 verres en cas de soirée avec des amis ou de la famille. Notre fils, âgé de 20 ans, a commencé à consommer de l'alcool lors de soirées avec des copains à partir du moment où la petite amie dont il était éperdument amoureux l'a quittée.Il avait presque 19 ans.Leur relation amoureuse avait duré un an. Depuis un an maintenant, notre fils sort chaque week-end et rentre grisé.Il n'est jamais ivre à tomber par terre.Il ne conduit pas mais prend les transports ( métro ou taxi ) mais chaque week-end, nous nous inquiétons et essayons de le mettre en garde.
Pouvez-nous nous éclairer sur les facteurs génétiques ? Nous avons un autre garcon âgé de 15 ans et nous voudrions les alerter sur les effets de l'alcool mais aussi sur le passé désastreux de leurs grand-pères.
La réponse du Professeur Bailly...
..."Le poids des facteurs génétiques dans le déterminisme de la dépendance à l’alcool est de l’ordre de 30 à 60 %. Les enfants issus de parents « alcooliques » ont 10 fois plus de risque que les autres de développer une dépendance à l’alcool ou à d’autres produits. Ce sont des faits. Vous pouvez, et vous devez, en parler avec vos fils. Votre mari et vous avez développé des stratégies, propres à chacun, pour faire face à ce risque. N’hésitez pas à en parler librement avec vos fils. Compte tenu de leurs antécédents familiaux, ils vont devoir, eux aussi, composer avec ce risque. Montrez leur que vous êtes là, disponibles, prêts à les aider, sans dramatiser, mais sans banaliser non plus, pour qu’ils trouvent eux aussi leur propre chemin leur permettant d’éviter de s’engager dans des conduites d’alcoolisation dommageables.
Comme le disait Simone de Beauvoir : « C’est dans la connaissance des conditions authentiques de notre vie qu’il faut puiser la force de vivre et des raisons d’agir ».
Question
J'ai découvert 3 bouteilles de vodka en regardant dans le sac de mon fils de 15 ans hier soir quand il est revenu du skatepark (j'ai regardé dedans en "cachette" car je trouvais qu'il sentait l'alcool et j'avais un doute sur le poids de son sac). Je craignais qu'il ne les amène à l'école, j'ai donc visité sa chambre, chose que je ne fais jamais, et je les ai trouvé cachée avec une autre bouteille Je compte lui parler ce soir. Mais je ne sais pas quoi faire. Dois-je les confisquer sans rien lui dire ? En lui laissant les bouteilles, j'ai l'impression de cautionner quelque chose que je n'autorise pas.
La réponse du Professeur Bailly...
..."Surtout, ne trichez pas ( ne faites pas comme votre fils ! ).
Dites lui la vérité : vous êtes inquiète de son comportement, vous avez regardé dans son sac, « fouillé » dans sa chambre, certes sans lui en parler, mais pour la bonne raison que vous l’aimez et que vous ne voulez pas qu’il s’engage dans un chemin où il risque de s’égarer.Votre fils va certainement se rebeller et vous opposer des arguments que l’on connaît bien : la liberté de faire ce qu’il veut, l’absence de crédibilité des adultes, etc…Essayer de rester neutre. L’enjeu n’est pas de savoir si vous êtes ou non une « bonne » mère.Montrez lui que vous êtes là, disponible, attentive à ce qu’il vous dit.
Laissez du temps au temps. Si besoin, mettez vous d’accord avec votre fils sur quelques règles simples de conduite, tout en l’encourageant et en l’aidant à les respecter. Et si la situation vous paraît bloquée, si vous avez l’impression d’être dans une impasse, dommageable pour vous comme pour votre fils, ne restez pas seule. N’hésitez pas à demander de l’aide."
Question
J’ai un doute sur le fait que ma fille boive de l’alcool ou non avec ses amis. Elle me dit que non et se fâche dès que je lui pose la question, mais je la trouve un peu nerveuse depuis quelques temps. Comment vérifier par moi-même ? Christiane (Nevers)
La réponse du Professeur Bailly......"Surtout ne cherchez pas à vérifier que votre fille consomme ou non de l’alcool. Cela risque de renforcer ses difficultés actuelles de communication et de transformer votre relation en une véritable « lutte de pouvoir ». Plus vous allez chercher à savoir si votre fille consomme ou non de l’alcool, plus elle va s’enfermer dans ses conduites d’opposition. Quelle est la vraie question que posent l’attitude et le comportement de votre fille ? Elle vous montre que depuis quelque temps elle se trouve confrontée à des difficultés auxquelles elle n’arrive pas seule à faire face. Montrez vous présents, disponibles, attentifs, prêts à l’aider. Montrez lui qu’elle peut se confier à vous sans risquer de se heurter à des interdits a priori, sans risquer de recevoir une réponse de réprobation moralisante. Montrez lui que vous pouvez être pour elle un « repère » digne de confiance. Seule une écoute attentive lui permettra d’exprimer son vécu douloureux et lui montrera tout l’intérêt que vous y portez.
Peut-être bien que ses difficultés actuelles n’ont rien à voir avec un problème d’alcool."
Question
Mettre mon fils en garde contre les dangers de l'alcool ou lui interdire d'en boire, alors que, nous-mêmes en buvons régulièrement à la maison, est-ce que ce n’est pas un peu contradictoire ? Qu’est-ce que je peux lui répondre s’il me dit que je ne peux pas lui interdire ce que je fais moi ? Olivier (Annonay)
La réponse du Professeur Bailly......"Il y a des choses que les adultes peuvent faire et que les enfants et les adolescents ne peuvent pas faire.Les enfants et les adolescents sont plus sensibles aux effets de l’alcool que les adultes. Cela est vrai non seulement en ce qui concerne les effets directs de l’alcool sur l’organisme mais aussi en ce qui concerne les risques d’abus et de dépendance. Par ailleurs, en raison de leur impulsivité, de leur besoin de satisfactions immédiates et de leurs emballements émotionnels, les adolescents ont souvent beaucoup de mal à contrôler leur consommation d’alcool.Rien ne sert d’interdire a priori à votre fils de consommer de l’alcool. De toute façon, il le fera, à un moment ou à un autre, avec ses copains. Par contre, vous pouvez très bien lui expliquer les risques qu’il encourt et la nécessité pour lui d’être vigilant quant à sa consommation d’alcool. Montrez lui que vous êtes prêts à l’aider s’il rencontre des difficultés.En fait, tout dépendra de votre propre attitude à l’égard de l’alcool et de votre position vis-à-vis de vos propres conduites de consommation.Si l’alcool vous est indispensable pour supporter les stress de la vie quotidienne, s’il vous est indispensable au maintien de votre équilibre affectif et relationnel, si vous vous sentez confusément coupable de votre propre consommation, vous risquez d’avoir beaucoup de mal à en parler avec votre fils et à trouver des réponses efficaces à son argumentation.
Beaucoup de parents sont en difficulté lorsqu’il s’agit d’aborder avec leurs enfants les questions relatives à la consommation d’alcool. Certains se sentent obligés de se montrer comme ceux qui savent et qui disent le « bien » et le « mal ». D’autres se sentent complètement démunis, comme s’ils n’avaient pas le droit de poser des limites. Dire ce que nous sommes, ce que nous faisons et au nom de quoi, n’est certes pas toujours facile. Mais nous ne pouvons aider nos enfants que si nous sommes nous-mêmes au clair avec ces questions."


